mercredi 31 mars 2004

11:09 :

Au cours des dernières semaines, C a senti que la vie ici me plaisait, que la ville de Paris beaucoup moins, et que finalement, elle participait de moins en moins mon bonheur à Cork. Certaines de nos conversations téléphoniques ont été enflammées, dans le mauvais sens du terme, et j'ai fini par lui dire que ces coups de fil, loin de nous faire du bien, ne faisaient que nous blesser au lieu d'apaiser le manque. Au moins pour moi.
Mais mon égoïsme a pu atteindre d'autres sommets, et de ça, entre autres, je ne suis pas fier.

C a commencé à envisager sérieusement de venir d'établir à Cork dès cet été, pour continuer ses études à UCC l'an prochain. L'inscription est déjà demandée. Cela signifie quelques bouleversements, soit un déménagement pour nous, soit une cohabitation avec mes colocataires et collègues, et aussi un changement forcé de vie sociale...

C avait souligné il y a plusieurs mois son regret de n'avoir jamais mis les pieds dans un opéra. Pour son anniversaire, j'ai invité C à Bastille voir Signes, très belle adaptation sur scène de toiles abstraites d'Olivier Debré par Carolyn Carsson et mises en musique par René Aubry. J'avais réservé les places en décembre, alors que j'étais encore parisien. Ce Signe était aussi un signe de bonne volonté, lui promettant au minimum ce retour à Paris pour la serrer dans mes bras dans l'hypothèse où il n'y en aurait pas eu d'autres.

Après le ballet, nous avons visé un restaurant qui me manque particulièrement à Cork, un japonais. Et là entre ses brochettes et mes sushis, nous recommençons à parler sérieusement. Projets d'avenir, déménagement. Je suis réticent mais ne sais comment en parler, elle en est excédée et me le fait sentir. Elle devient cassante, pose plusieurs fois ses questions dans un contre-interrogatoire de maître.

"Toute ma vie, j'ai été en train d'attendre quelque chose. Si je ne suis pas bien, je me focalise sur un événement qui va forcément tout changer en mieux. Ça peut être la fin d'une relation, un nouveau boulot, un nouvel appartement. Ça a été vrai quand je travaillais pour mon beau-père, ou pour la librairie avant, ou pour After après, ça a été vrai avec Nicolas et avec la fille aux gants, même quand Lisa devait partir en Allemagne. En ce moment je n'attends rien. Je veux dire que je suis heureux en ce moment. Mon boulot, les gens que je côtoie, notre relation, je n'attends pas de changement, je suis heureux comme ça.
- Tu es heureux sans moi ?
- Pas sans toi. Je suis heureux avec toi. Dans l'état actuel des choses. Et j'ai peur qu'un changement bouleverse tout le reste.
- Tu es tellement bien que tu penses que ma présence pourrait te rendre moins heureux ?"
Son monde est en train de s'écrouler, je suis en train de détruire ses certitudes, je suis en train de lui dire que je préfère quand elle est loin. Je suis en train de détruire la maison que nous n'avons pas construite sur la colline au nord de Cork.

Elle noie ses brochettes dans l'expression de sa déception.
"C'est la plus grande désillusion de ma vie."
Son coeur est jeune et je me déteste. La voir comme ça, que puis-je faire ? Il est si loin, le pays des larmes... Mes larmes de tristesse et de compassion ont changé le goût du poisson crû, j'ai du mal à le finir.

"Je ne peux pas rester avec toi si je n'ai plus la perspective de vivre avec toi.
- Je ne veux pas te quitter.
- Mais moi non plus !"

Nous quittons le restaurant, rentrons en métro chez elle -mon appartement est zone sinistrée, plein de cartons en transit. Le trajet n'interromps pas notre débat.
"Ça changerait forcément quelque chose.
- Mais tu sais que ce serait différent d'en France, tu travailles, j'aurai mes cours et peut-être un boulot, nous aurions chacun nos amis, chacun une vie sociale...
- Tu sais que ce n'est pas vrai. Les soirées communes redeviennent vite la norme, tu nous connais. Nous sommes forcément moins sociables en couple..."

Bref, les deux jours qui me restaient à Paris furent ponctués des mêmes tentatives de négociations et tentatives de justifications, sans que l'un de nous deux évolue véritablement... Nous ne sommes pas vraiment séparés parce que nous n'en avons pas prononcé les mots - j'ai dit avoir besoin d'un peu de réflexion, ce qui est vrai - , mais le mal est fait : je ne suis plus avec la plus jolie fille que j'ai jamais rencontré.

"Ne m'oublie pas.
- Je ne pourrais jamais t'oublier ma princesse.
- Envoie-moi des messages, dis-moi que tu penses à moi.
- C'est promis."

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11:07 :

En voiture avec une collègue de Paris jusqu'à Cherbourg, puis 18 heures de ferry jusqu'à Rosslare, et 150 kilomètres pour arriver à Cork, ce soir. C'est sûr, l'avion est plus rapide. Mais cette fois-ci, je voyage sans encombre, ça faisait longtemps.

11:06 :

Je me lève mardi pour me rendre à l'aéroport de Cork, et c'est à l'évidence que je me rends : une malédiction s'acharne sur moi en ce qui concerne les transports. Le 23 février, j'ai réservé mon billet d'avion pour aller Paris célébrer l'anniversaire de C, le 25 mars. Sauf que j'ai réservé le 25 février. J'ai donc perdu le montant de ce billet, soit une cinquantaine d'euros, mais surtout je n'ai pas de quoi aller à Paris aujourd'hui. Et il serait dommage d'arriver le lendemain de son anniversaire...
Je me suis donc résolu à aller à l'aéroport quand même, et comme faire du stop sur la piste à la Gaston Lagaffe n'est vraiment pas pratique, j'ai pris un vol pour Dublin sur un avion à deux hélices (brr) pour 100 euros, et un vol sur une autre compagnie de Dublin à Paris, pour 190 euros... J'ai réussi à payer encore plus cher que la dernière fois, et je place la barre très haut pour la prochaine fois...

mercredi 24 mars 2004

12:53 :

(trie dans ce dont il a le droit de parler)
Par un heureux hasard de circonstance, j'ai vendu un ordinateur a un client. Ca m'a valu quelques mails de felicitations, et une petite commission.
J'ai passe ce matin un test pour passer temporairement a un nieau superieur de support technique... Le test etait ardu, je me demande quel etait le niveau de autres...

12:00 :

Ca va de mieux en mieux ici, le travail et la ville me plaisent, et j'avoue que ma venue a Paris demain me fait bizarre... La breve experience de la capitale il y a quelques semaines me remplit d'apprehension pour les jours a venir...

lundi 22 mars 2004

12:13 :

La chanson du jour : Shining Light, Ash. Que ca fait du bien. Vive les vieilles compils avec des gros trucs de guitares dessus qu'on a oublie depuis longtemps... genre Nickelback, Bloodhound Gang, Jimmy Eat Wolrd, et j'en passe... Merci Kerrang.

lundi 15 mars 2004

07:52 :

La semaine dernière, je disposais de deux jours de repos d'affilée, j'ai proposé à C de se renseigner pour voir s'il était rentable de venir la voir à Paris dans l'intervalle (pour les nouveaux ici, j'habite désormais en Irlande). L'aller-retour, pris au dernier moment chez Aer Lingus se montant à 379 €, je décidai de demander un troisième jour pour ne pas vraiment avoir l'impression de jeter mon argent par le hublot. Une fois l'idée évoquée, c'est vrai qu'il est difficile de reculer, que ce soit pour C ou pour moi... Je cédai donc de gaieté de coeur.
Sachant que ma carte bancaire et celle de C ne seraient pas assez approvisionnées pour payer une telle somme - mon découvert en France prend des proportions abyssales, pendant que je n'ai pas encore droit à une carte en Irlande - je me suis tourné vers ma mère, qui rechigne un peu pour les mêmes raisons que moi, mais me donne son numéro de carte quand même. Celle-ci est refusée parce que c'est une carte nationale, tandis que celle de ma petite soeur n'est pas approvisionnée non plus. J'en suis réduit à payer au comptoir en liquide, juste avant le vol, le montant qui met mon compte irlandais à zéro.

Cette escale à Paris m'a permis de voir ma mère et ma soeur, les chatons de ma chatte (adorables), les gens d'HES, et aussi de confier mon appartement à une agence immobilière (aucune de mes connaissances n'a les moyens de mettre 600 € dans un loft, fut-il beau comme le mien), mais pas de dormir dedans, parce qu'il n'est plus chauffé depuis mon départ et que aurions risqué une pneumonie juste pour se rappeler le bon vieux temps de ma vie parisienne...
D'ailleurs c'est officiel, je me sens bien à Cork, très bien, les trottoirs sont propres, les gens courtois, il faut froid mais il ne pleut quasiment jamais. Peut-être est-ce l'attrait de la nouveauté, Paris ne m'attire plus, me semble trop haute, les gens crachent par terre et parlent trop fort.

À peine arrivé, voici déjà le temps du retour. Je me charge comme un baudet, accumule sacs sur valises, ma mère accepte avec joie de nous accompagner à l'aéroport. Au comptoir d'enregistrement de mes lourds bagages, le personnel est catégorique, je ne peux pas partir. Mon passeport est périmé depuis deux ans, ma carte d'identité depuis deux jours. En voilà une que je n'avais pas vu venir. Vous saviez, vous, que les formalités sont différentes pour aller en Irlande et en Espagne ? Il y a un an, la douane turque a accepté sans ciller mon vieux passeport, et nous ne parlons pas exactement d'un paradis libertaire...
Bref, refoulé à la frontière de mon pays d'adoption, le désespoir m'accable à la pensée de la commission disciplinaire qui ne manque pas de frapper les retards répétés et les absences intempestives. La douane m'indique que mon départ peut prendre entre 48 heures et 10 jours. Même C, qui jubile en partie, compatit en voyant ma tête. Sur le conseil du personnel local, qui a été charmant et qui a décalé mon vol a demain en croisant les doigts, j'appelle la préfecture de Bobigny, où une harpie m'explique que même si c'est la préfecture la plus proche elle ne veut pas entendre parler de ma requête, je suis bon pour aller faire la queue sur l'île de la Cité. Elle infirme toute idée d'un retour en 48 heures, et souligne mon imprévoyance alors que je lui raccroche au nez. Pas le temps de me laisser maltraiter sur mon forfait. Si elle veut m'insulter qu'elle me rappelle.

J'appelle alors la Préfecture de Paris, où un agent m'expose la procédure d'urgence pour obtenir un nouveau passeport, confirme que cela peut être très rapide si j'ai toutes les pièces, et si j'y vais avant la fermeture, soit 16h30. Mon avion vient de décoller de Roissy, il 15h35. Nous engageons une course contre la montre et contre mes sacs, chargés à la hâte dans la voiture de ma mère, qui bombe jusqu'au métro de la Porte de Clignancourt, où je cherche en vain un tabac qui vendent encore 60 € de timbres fiscaux ou un photomaton. Je prends le métro jusqu'à Cité en espérant trouver sur place, tandis que ma mère dépose C chez moi pour récupérer des preuves de mon domicile à Paris.
J'arrive avec mon butin, trouvé au sortir de la station, dans la préfecture à 16h25. Mon souffle coupé quand je m'affale sur la chaise du bureau de l'état civil arrache un sourire à l'ensemble du personnel, qui se met en quatre, une fois mon histoire entendue, pour accéder à ma requête. C arrive à 35 avec une facture France Télécom, dernière pièce manquante au dossier. Avec anxiété elle demande quel est le délai pour la création du nouveau passeport. L'employée triomphante en sort un de derrière son bureau avec un "Ça répond à votre question ?"
10 minutes en tout, de quoi rendre la foi en l'Administration, en tout cas celle de Paris. Je demande à ma mère, qui est rentrée chez elle avec mes bagages, si je peux dormir chez elle avec C, afin qu'elle nous accompagne demain de nouveau à Roissy. Elle accepte avec joie, toujours ravie d'héberger ses enfants qui la désertent...

Je n'ai manqué qu'une journée de travail et pour l'instant pas de signe d'une procédure, ma responsable a une fois de plus été compréhensive. Je pense qu'il lui arrive encore de lire ces pages, alors qu'elle en soit remerciée.

07:51 :

Dans un décompte bénabarien, ça fera 11 mois dans une semaine que C et moi sommes ensemble. Autant le temps a passé vite lorsque nous avons quasiment habité ensemble, l'échéance fatidique de la première année semble reculer alors que nous avançons vers elle, comme dans la gracieuse comptine. C'est paradoxal, évidemment, moi qui ai mis sur le dos de la vie commune les échecs de mes quelques relations précédentes, finalement c'est de vivre séparément qui semble nous éloigner  nous commençons à trouver le temps long loin l'un de l'autre, et c'est normal, mais nous l'exprimons différemment, ce qui l'est moins. En tout cas pas pratique. Elle quémande le moindre signe d'attention de ma part, s'inquiète d'un rien et panique à l'évocation d'un prénom, alors que dans mon grand effort pour limiter des communications à 1,35 € la minute à leur strict minimum, j'utilise tant que faire se peut le mail et iChat. Et comme je constate à quel point rester au téléphone ne calme pas le manque mais l'attise, alors autant attendre de se voir peut-être... mais peut-être que je me trompe. Peut-être suis-je juste un goujat.

07:50 :

Mise à jour de ma bio sur le côté droit. Disparition de la liste automatique des MP3 lus dans mon iTunes, pour des raisons techniques. A la place, retour de la chanson du jour du moment ou j'écris.
Le groupe est AFi, le titre Morning Star, l'album probablement The Art Of War, je ne sais absolument rien d'eux mais la chanson m'a réveillé tous les matins pendant un mois à cause du doux duo guitare/voix au début et des cris du chanteur sur la fin, propres à tirer du sommeil n'importe quel mort bien portant... C'est typiquement le type de MP3 qui me pourrait me pousser à acheter un album quelconque dont je serais déçu super vite. Évidemment pas moyen de le télécharger.

07:49 :

Changer ses habitudes, c'est aussi arrêter d'essayer d'écrire ici en ligne, parce qu'on finit par ne plus écrire du tout. Je prends mon temps, dans mon lit, je profite du week-end et tente de rattraper un peu de mon retard en écoutant le Rocky Horror Picture Show.

07:48 :

Winning a battle, losing a war
Un an se passe et tant de choses qui changent, qui sont mortes, qui sont nées... On se découvre des talents, des défauts, on peut ne pas aimer la personne qu'on devient, regretter des choix, supporter ses erreurs, et ne pas regarder en arrière. Et puis un an se passe et un jour on apprend par hasard que la Salon de l'Agriculture est passé, au détour d'un ragot de Canard Enchaîné, et des choses vous reviennent qu'on croyait enfouies, qu'on croyait enfuies.
Une jeune femme a été désemparée, et puis aidée, et puis aimée, et puis trahie, et on se rend compte qu'un an s'est passé, et que des larmes, de la rancoeur et de la culpabilité il ne reste que quelques souvenirs émus et une tendresse un peu vaine.

07:37 :

Tres bientot...

lundi 1 mars 2004

16:08 :

A l'Apple Store - San Francisco, Rufus Wainwright fera un petit concert le 6 mars... Bon, et l'Europe ?

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