vendredi 28 novembre 2003

Le premier client, celui de ce matin, est un magazine télé sur le foot africain. Ça commence début janvier, il veut un site pour accompagner le lancement. C'est un bavard, il aime s'écouter débiter ses anecdotes; au fur et à mesure de ses histoires le sosie de Christian Lacroix se révèle condescendant vis à vis de ses employés (les correspondants sur le terrain) et limite raciste avec son public. "Le foot, c'est la preuve qu'ils savent être organisés, sinon partout c'est le bordel."
L'entretien avec Alain mercredi soir s'est bien passé. On fait comme si on avait toujours été au mieux, mais aucun de nous deux n'est dupe : il se méfie parce que je l'ai déserté, je me méfie de la façon dont il va me payer. Les échos de mes anciens collègues sont bien moins reluisants que ce qu'il veut me faire entendre. Apparemment il a besoin de moi : il sait que je travaille bien, et ses free lances l'abandonnent parce qu'il les paie en retard. Me propose toutes les missions du monde, j'en accepte deux, plus le site de la boîte. Je vais enfin avoir des factures à éditer... En tout s'il me paie à l'heure et que je travaille dans les temps je peux considérablement améliorer mon ordinaire, soutient-il. Je fais le calcul : à 30 euros de l'heure, 5 jours de travail correspondent à un mois d'Assedic... Et si je peux cumuler les deux...
Reprendre le collier
Se lever à 9h et trouver ça terriblement matinal.
Choisir ses atours en fonction du client, et ne pas se tromper.
Etre sérieux, prendre des notes, sourire, écouter, proposer.
Se battre dans le métro avec cette vieille plume baveuse
...

jeudi 27 novembre 2003

Nous sommes en 2003, mais il y a encore des freaks qui font des manifestations devant les centre de planning familiaux en les traitant d'assassins d'enfants, et Xavier Dor n'est toujours pas en prison pour entrave à l'exercice de la médecine. Alors pour ne pas les laisser seuls dans la rue avec un porte-voix, un contre-rassemblement est prévu à 18 heures au métro Bourse. Je suis en retard, mais vous pouvez y arriver aussi...

At My Most Beautiful

La dernière pub Mastercard m'a fait bizarre... "Savoir que dans 10 ans ce sera pareil, ça n'a pas de prix."
J'avais un groupe d'amis dont j'étais proche, en tout cas je me sentais proche, on a eu l'occasion de pleurer chez les uns, boire chez les autres, rire et vomir et faire de la musique, s'offrir des bds, aller à des concerts, partager des pass photos, se faire employer par les parents des autres, enfiler des déguisements ridicules, avouer des choses inavouables, organiser des concerts et montrer un sein, garder le chat, brûler une pizza et finir la manzana, rêver de gloire et de filles et penser qua ça fait quatre ans qu'on se connait.
Et puis un jour, on croise un type à un concert, il fait semblant de pas vous voir, et on poste un truc sur un blog commun et on se fait envoyer chier.
Ça fait bizarre de s'être dit que des gens seraient toujours là et qu'un jour il vaut mieux se forcer à ne pas se poser de questions, et préférer passer à autre chose pour pas devenir parano.
At My Most Beautiful

mercredi 26 novembre 2003

Madame Figaro

La vraie classe, ça peut être se faire reconnaître dans une soirée pseudo mondaine au pays du machérisme. Mais est-ce que la photo dans Madame Figaro n'en jette pas aussi plein les yeux ?
Ne me cherchez pas là-dessus, c'est Fleur et Psychotruc que l'éminent magazine a distingués.
Le concert de Radiohead a été au delà de mes espérances. Soulagé de la résolution des péripéties de la journée, reposé par l'attente dans la queue entre des gens de qualité et des fans d'Asian Dub Foundation, rasséréné par la certitude d'avoir une bonne place, nous entrons dans Bercy par la porte 27 en courant, le sourire aux lèvres.
Nous avons réussi à squatter la barrière côté Ed, tandis qu'une fraction de notre petit groupe répète l'exploit du côté Jonny, garantissant, normalement des photos variées. L'inconvénient de la salle est là, devant nos yeux qui ne croient pas vraiment que le mur noir, là, va émettre du son à destination des 34000 oreilles de Bercy. Nous sommes debout devant le mur des basses, tandis que les aigus flottent en colonnes au dessus de nos têtes. Nous avons peur et nous avons raison. La musique d'attente commence et nous souffrons.
ADF est moins pénible que ce que j'avais vu auparavant, je suis peut-être plus ouvert, ou influencé par le fait que C sautille devant moi. Pourtant d'habitude je suis assez sévère avec les premières parties de Radiohead.

Le concert de Radiohead est très très bon, je ne pensais pas avoir autant de plaisir ici qu'à Nîmes, mais il faut bien le reconnaître, si ce n'est plus mon petit groupe, ils font sans problème oublier le stade qui est derrière moi. Dans mon champ de vision il y a C, à sa droite, Lilou, encore plus menue, et puis les vigiles, la scène, le groupe. Ils jouent dans ce hall de gare comme si nous étions 500, du coup la salle rétrécit d'autant.
La setlist semble taillée pour les vieux fans que certains d'entre nous sont, des vieux morceaux, les plus agressifs des récents, parfait pour Lisa qui ne les a pas vus depuis plus de deux ans, et je suis content qu'elle ne soit pas déçue par le groupe, la salle, le concert.

Libellés :

Par des privilèges que certains connaissent (mais pas tous), je suis en très bon terme avec la maison de disques de Radiohead. Ça tombe plutôt bien, parce que j'aurais donné ma mère (avec laquelle je suis plutôt en bon terme aussi, pourtant) pour assister à certains concerts que je n'aurais pas pu voir sans l'entremise de mes espions dans la forteresse. Bref.
Cet été, lorsque les places du concert de Radiohead à Bercy ont été mises en ventes, j'ai passé un coup de fil pour demander si je pourrais avoir trois places, pour moi, C, et Lisa, dans le désordre. On m'a assuré que sur 17000 entrées, on allait bien me trouver ça. Et donc je n'ai pas acheté de places pour C et moi, et sur mon conseil, Lisa non plus.
La vente des places est entrée dans l'histoire, en un rien de temps c'était complet. On affiche en grand dans le métro pour que les gens ne viennent pas espérer une billetterie le soir du 17 novembre.
Et puis trois jours avant le concert, la maison de disques appelle pour me dire que 1. le coursier passe me déposer les places dans l'après-midi et que 2. il n'y en a que deux, je suis désolé, j'ai encore une liste d'attente de cinquante personnes.
Je comprends très bien les impératifs du service, au sein duquel j'espère toujours un peu m'insérer, mais ici un drame cornélien s'annonce : une place pour moi, c'est évident. Quid de la seconde ?
En fait le calcul qui se fait automatiquement dans ma tête semblera monstrueux à tout le monde : la deuxième place est à Lisa, parce que je lui ai dit de ne pas acheter de place. Et aussi parce qu'il sera plus facile de m'expliquer avec quelqu'un avec qui je dors plutôt qu'avec quelqu'un qui, c'est sûr, va me raccrocher au groin avec raison. Et je pensais pouvoir sortir de ma manche un joker, une troisième place venue de nulle part, et on oublierait le tout, avant même de commencer à polémiquer.
J'ai évidemment sous-estimé l'amour-propre féminin en général, et la jalousie de C pour Lisa en particulier. Tout samedi et tout dimanche, on ne parle que de ça. Le froid succède aux larmes, les réconciliations, autour d'un verre ou sur un oreiller ne sont que temporaires...
Je me démène, appelle tout ce que je connais d'un tout petit peu influent dans la musique, en vain : le week-end avant Radiohead, ces gens-là éteignent leurs téléphones de peur que des imbéciles comme moi ne ruine leur quiétude et/ou leur vie de famille. Le manager du groupe, dont le numéro de téléphone personnel est bizarrement dans l'annuaire, décroche et me laisse l'espoir de l'appeler demain, lundi, alors qu'il sera à Paris avec le groupe.
C'est à moitié gagné mais à moitié seulement, et je sens encore que C m'en voudra à mort, et à juste titre, si elle ne vient pas à Bercy et que le concert est bon.

Il faut dire que pour l'instant je ne crois pas que le concert puisse être hors du commun. Blasé par la performance de Nîmes et ébloui par celle du Réservoir (pour Arte), j'étais convaincu que Bercy serait une redite de Belfort, avec sa foule avinée et violente, sa salle froide et, comme on dit dans le jargon, son acoustique de merde.

Premier coup de théâtre : un mail arrive d'un inconnu, qui travaille à France Inter et qui a entendu dire que Thom Yorke sera l'invité de Pascale Clarke le matin du concert. Il nous propose d'assister à l'émission. Une heure aller et une heure retour, mais ça en vaut la chandelle, ça peut échanger pour C le concert du soir contre une entrevue le matin... Levés aux aurores, sur place pile à l'heure, Pascale Clarke est là mais pas Thom, dont il n'a jamais été question en tant qu'invité... Encore un délire des Inrocks, qu'il ne faut décidément jamais croire.
En traînant des pieds nous rentrons chez moi, C pour aller ensuite en cours, et moi pour tenir mon rang dans la queue pour le concert... Il est presque onze heures, et d'expérience c'est maintenant que la composition de la fosse se joue.
Chez moi j'appelle de nouveau le manager, qui me dit de rappeler, et retente les autres numéros. Et là second coup de théâtre : j'explique ma situation, et elle me répond qu'"Évidemment tu l'as ta place, je ne sais pas où je vais la prendre, mais je vais pas vous laisser dehors..."
Je lui baise les pieds par téléphone et je préviens C, le cauchemar est terminé. Le concert peut avoir lieu.

Libellés :

Que de choses... L'impression de jouer à Othello continue de plus belle. C'est quand j'ai des choses à dire que Blogger m'en empêche, ou Wanadoo, ou Free, ou deux des trois qui ne sont pas compatibles, ou une coalition contre moi, allez savoir...

mardi 25 novembre 2003

arf

jeudi 20 novembre 2003

Tiens, ça marche. Surprenant; on va pouvoir reprendre...

jeudi 13 novembre 2003

Fuck, pourquoi Free est-il encore en panne ? Et pourquoi l'écris-je quand même ?

mercredi 12 novembre 2003

L'ordre reprend ses droits en peu de temps et quelques mouvements. D'abord quelques colleurs d'affiche s'affairent à masquer les commentaires les plus outrageux, et ce sont de grands rectangles rouges qui fleurissent dans les couloirs du métro. Les plus révolutionnaires présents pour le FSE n'auraient pas rêvé plus bel accueil. Et puis en une nuit, des vraies pubs refont leur apparition. Les mêmes, comme Darty ou Casta, qui attirent le commentaire de leurs grandes étendues immaculées, ou d'autres qui ont (enfin) compris, et c'est sur fond noir qu'apparaissent les guiboles écoeurantes de Bigard.
J'espère qu'après le flop des flashmobs, cette idée ne s'arrêtera pas si vite.

J'espère aussi que le contenu qui commence à animer ce mouvement ne s'essouflera pas. La version française des flashmobs avait complètement occulté le potentiel politique de ces rassemblements, alors même qu'à l'origine, Reclaim The Streets avait un but réel et ne fait pas juste rire les journalistes : l'idée était réellement que la foule, les piétons prennent le contrôle de la rue, que la voiture cède la place.

Dommage que l'hiver arrive si vite, mais j'espère qu'au printemps on verra des rassemblements "masse critique" qui prouveront sauvagement que le vélo peut faire s'arrêter la voiture, pourvu que les premiers soient assez nombreux.
Et pas encadré par des schtroumpfs comme le sont les rollers.

lundi 10 novembre 2003

Tout le monde a déjà dû en parler, mais moi pas : je suis ravi de l'offensive des Anti-Pubs dans le métro parisien. Depuis ma lecture de No Logo l'an dernier, j'attendais ça avec impatience, sans pour autant me résoudre à commencer tout seul...
Je constate aussi avec plaisir que la plupart des scribouilleurs respectent les affiches de Picasso, Renoir, Delacroix et Chaplin, ce qui est la moindre des choses. Même si c'est de la pub aussi, on peut peut-être tolérer la présence des grands maîtres sur nos murs, quand même...
En tout cas, imitant ce jovial prof d'histoire qui sévissait dans mon lycée et que j'ai souvent regretté de n'avoir pas eu, je reprends le marqueur dans ma poche...

Bon, lui était militant socialiste, c'était juste pour faire des moustaches aux candidats de droite aux élections locales, mais déjà, ça, j'aimais bien...

Lors de mes problèmes financiers cet été, ma carte UGC a été la première chose qui a sauté : ces cochons ne font pas de sommation, ils ne demandent pas de nouvelles, ils ne s'inquiètent pas de votre santé; ils résilient, on discute après. Les frais de remise en service sont monstrueux (genre 63 euros), comprenant des mois de pénalité, etc. De quoi me refroidir de reprendre du service chez eux.
Toutefois deux problèmes : Lisa a une carte UGC aussi, depuis la même date que moi (trois ou quatre ans), et le gigaplexe des Halles est direct pour moi. Alors que le MK2 ou le Gaumont les plus proche sont loins ou pénibles à atteindre en métro, malgré la préférence que je pourrais leur porter par mon aigreur envers l'autre et à cause du soutien aux salles indépendantes....

Dans tous les cas une carte commence à se faire urgente, j'ai pu ne pas aller au cinéma quand mon moral était plutôt bas et que rien d'intéressant ne sortait, mais là une espèce de frénésie de cinéma s'empare de moi, la pseudo-gratuité des salels obscures me manque. Et se lever aux aurores (enfin, avant 11h) pour profiter du tarif du matin, c'est pas une vie :o) surtout que par ce système les réservations sont payantes...

Bref, depuis Elephant, il y a eu mercredi Ken Park (c'était moins choquant que prévu, très beau et un peu gênant), jeudi Mystic River (ou Sleepers revu par Clint Eastwood. Qui aurait cru que cette brute d'Inspecteur Harry pourrait faire aussi beau ET composer cette soupe aux violons ?), et jeudi soir Matrix Revolutions ('achement bien, remet le 2 en perspective et finit en beauté) avec Lisa qui m'invite après un cours (j'y reviendrais). Et dimanche matin rebelote Matrix Revolutions, cette fois avec C et Misao qui apprécient aussi. Il est déjà prévu la soirée Marie et Julien en présence de Jacques Rivette mardi soir...
Et tout ça commence à revenir cher...

dimanche 9 novembre 2003

He ben alors voilà, on prépare des trucs pour les anniversaires des gens, et puis après on ouvre plus son ordinateur et ils vous passent à côté. Voilà, je trouvais ça zouli.
Biiiisou à elle.

samedi 8 novembre 2003

Ça y est j'ai ma souris sans fil !
C'est une petite victoire sur rien du tout, mais c'est agréable et surprenant d'être content d'un petit truc blanc et ferme qui tient dans la main.
Comme prévu elle a fonctionné toute seule, sans le CD de pilote pourtant fourni.
J'ai bien fait de la réserver (à la FNAC des Halles) : ils m'ont appelé hier pour me dire qu'ils avaient (enfin) reçu le colis d'Apple. Ce matin quand je suis allé la chercher, le stock était épuisé.

mercredi 5 novembre 2003

Ma mezzanine est quasiment terminée, manquent quelques finitions, deux grands coups de cutter sur les bords de la moquette et une pitite bordure pour pas faire tomber son stylo quand on écrit au bord (ce qui ne devrait pas arriver souvent, va falloir bannir tous les trucs qui tachent, se renversent et qui marquent, maintenant que j'ai une belle moquette toute neuve).
Et comme j'étais sur ma lancée, que les chutes de bois jonchaient mon appartement (et encore un peu maintenant, mais moins), j'ai construit une coursive qui part de la mezzanine et qui va quasiment jusqu'à l'autre bout de l'appartement. Je compte mettre dessus ma bibliothèque, pour profiter à fond du mur de 3 mètres 50, avec une échelle comme au British Museum, en plus petit. Ou la bibliothèque du château de la Belle et la Bête, qui m'a toujours fait rêver, si ce n'est pour l'irréalité des vingt millions de bouquins au format et à la couleur identiques... Le type qui a rempli les livres de cette scène n'a jamais mis les pieds dans une bibliothèque...

J'aime découvrir un nouveau point de vue sur mon appartement; ça a toujours été vrai, quel que soit l'appart, ou ma chambre chez mes parents avant ça, je passais mes nuits à déplacer mes meubles dans un jeu de pousse-pousse jusqu'à pouvoir, en général, en ajouter un autre, ou juste pour pouvoir regarder la pièce d'un coin où, juste avant, trônait une armoire.
On s'habitue pourtant vite à cette nouvelle perspective, et ma vue de plus de deux mètres de haut m'est déjà familière...

Le chat a complètement adopté le panorama, elle passe son temps à faire des aller-retours sur la coursive et la mezzanine; la première nuit a été éprouvante pour nous, parce que la chatte n'avait apparemment jamais vu de moquette de sa vie, et nous l'a fait comprendre en sautant partout dessus, en vérifiant qu'on pouvait surfer dessus, faire des pitites marques avec ses griffes, se cacher sous les plis (parce qu'il y a encore des plis contre le mur du fond) et de manière générale éprouver une satisfaction en se roulant dedans qu'on ne retrouve pas sur bien des surfaces rugueuses, froides ou contondantes.
Et je la rejoins bien volontiers, à la fois dans cette appréciation et dans ses galipettes.

lundi 3 novembre 2003

C m'a vu et revu lorgner sur ce coffret Brel depuis avant sa sortie. Elle a craqué et elle me l'a offert. En même temps sortait un nouveau coffret Truffaut. C'est le moins que je pouvais faire...
Madame ma mère a été émue par les decriptions de la température de mon appartement telles qu'elles ont été interprêtées par ma soeur, C et moi : elle m'a tendu un chèque en blanc en me mettant sur le chemin de Leroy Merlin. J'avoue, j'en ai profité pour acheter les planches qui me manquaient pour finir ma mezzanine...

Chez Leroy Merlin, lorsqu'on veut acheter un paquet de clous, c'est facile, c'est un supermarché comme les autres : on pousse son chariot jusqu'au rayon des clous (parce qu'on est un peu feignant, il faut bien avouer, de prendre un chariot pour acheter des clous), on prend le paquet, on amène le chariot, le paquet et son ennui jusqu'à une caisse où une caissière qui s'ennuie un peu aussi bipe le paquet, on paie un euro vingt et on s'en va, non sans avoir remis le chariot en échange de son jeton. Rien de surprenant là-dedans.
Par contre, lorsqu'on veut acheter 45 mètres carrés d'isolant, 28 planches de coffrage de trois mètres de long, 60 mètres de tasseaux (ce sont de longs bouts de bois assez fins, dans la langue du commun des mortels, mais les autochtones semblent apprécier leur vocabulaire savant), il existe (parfois) une autre partie du magasin, appelée la Cour des Matériaux. Les majuscules sont de moi; c'est à mi-chemin entre une cour royale, où on attend un mois pour obtenir une audience, et une cour des miracles, avec ses bossus, ses pelles, son sable et ses tas de bois. Dans cette Cour, en guise de chariot on utilise son véhicule, ou une camionnette qu'on loue ou qu'on emprunte (comme j'ai fait, Madame ma Mère a fourni la camionnette en plus du chèque) parce que Caddie ne fait rien d'assez grand ou assez solide pour contenir des poutres et des plaques de marbre.

Ce qui se complique, c'est quand on veut [le matériel énoncé plus haut] ET EN PLUS un paquet de clous, ou un autre truc en provenance du magasin normal : soit on fait deux fois la queue et on paie en deux fois (mal) soit on fait faire un bon de sortie à un des magasins pour aller payer dans l'autre (bien). C'est ce que C est partie obtenir pendant que je chargeais tout mon matériel dans le Boxer (le Boxer, c'est la camionnette, je n'ai pas de si grands caleçons, désolé).

Une fois C revenue et après avoir fait la queue - à noter que faire la queue assis au chaud, c'est quand même mieux que derrière un chariot - j'arrive à la caisse. La cassière m'annonce le montant (montrueux) de la douloureuse, je lui tends négligemment le Chèque En Blanc. Elle me demande une pièce d'identité.

Vous saviez, vous, que ce n'est pas votre pièce d'identité qui est demandée, mais celle de l'émetteur du chèque ? Et que ce dernier doit être présent ? Par un hasard énorme et une chance non moindre, j'ai pu régler par mes propres moyens de paiements (note à d'éventuels agresseurs : je ne me balade jamais avec 500 euros en cash sur moi, sauf ce jour-là. Ça n'arrivera plus. Malheureusement.) et Madame ma Mère a pu me faire un autre chèque.
Bref, en deux jours j'ai fini la mezzanine ET l'isolation, la température est magiquement devenue vivable et ce quasiment sans chauffage, et je suis allé négocier un bout de moquette bleue chez les escrocs du coin de la rue. J'ai ajouté une pièce (8 mètres carrés quand même) à mon appartement, qui commençait à être plein comme un oeuf...

Elephant m'a donné la même envie que me donnent les films où on peut suivre une action sous différents angles, ou le montage n'est pas chronologique : prendre (en fonction de mes moyens du moment) mes ciseaux, la pellicule, le script, un divx ou Final Cut Pro et refaire un montage pour
1. vérifier la cohérence de l'ensemble
2. voir l'action en même temps sous tous les angles possibles. Et voir les erreurs, le cas échéant. C'est maladif, c'est impulsif, ça date de Pulp Fiction et probablement avant, mais maintenant que je maitrise un peu mieux le montage ça sera moins casse-gueule qu'avec le copier-coller de QuickTime.

D'un point de vue plus artistique, j'ai été soufflé par le film, ému, choqué, tout ce qu'on voudra, tout ce que le réalisateur a probablement voulu, il a atteint son but au moins chez moi. L'image est belle, des jeux de mise au point sublimes, des acteurs justes, un caméo de la petite Henriette que j'adore, et une question : je croyais que quand des lycéens américains vont plomber l'ambiance à l'école, ils allaient au bowling avant, non ?

Je ferme les yeux, j'ouvre les yeux...
Dix jours ont passé.