mardi 12 août 2003
Je suis en train de ne pas préparer mes bagages pour un train qui part à 14 heures...
Dans la pure tradition du cul de basse fosse, les murs de la cave sont en pierre et en brique, recouverts d'un enduit improbable; le sol inégal est en terre et laisse entrevoir des restes de fuites et des flaques de ce qu'on espère être de l'eau (malgré l'odeur tenace de fosse septique sous l'escalier).
Allo SOS terre battue j'écoute ?
On descend dans cette cave par un escalier large mais abrupt, bas de plafond et sombre - l'électricité est présente, mais on active l'ampoule en la vissant dans la douille, et donc en se brûlant les doigts pour la dévisser. Les marches en pierre sont inégales et leurs aspérités permettent à la poussière de les rendre glissante (mais on peut jouer à l'archéologue avec une lampe de poche et une balayette pour en révéler les contours). Une d'entre elles se détache en partie.
L'odeur agresse de prime abord, mais on constate qu'au fur et à mesure qu'elle s'imprègne dans nos vêtements on ne la sent plus que lorsqu'elle change de fragrance, passant sans prévenir de "Bois Moulu" à "Vieil Égout" en passant par "Chasse d'Eau Cassée".
Nous sortons planche après planche les débris sur le trottoir, amoncelant une pyramide dangereuse de vitres brisées et d'échardes, de tétanos et de toxoplasmose, pour la deuxième fois. Les passants commencent à nous regarder d'un sale oeil que nos tenues légère ne suffisent plus à justifier (Nogent est une ville prude, elle est en pantalon de pyjama et haute de maillot de bain, je suis torse nu en bermuda).
Nous déplaçons des montagnes en tirant des plans sur la comète, en imaginant les aménagements possibles d'un tel endroit, n'écartant aucune idée, de la plus simple (faire de cette cave une propre) à la plus farfelue (une piscine souterraine avec des tables flottantes et une télé étanche) en passant par les plus intéressantes (la salle de jeu, le billard, le flipper, la chambre d'ami, etc.). Sa motivation est d'autant plus grande que son père est désormais propriétaire de l'immeuble, elle a l'impression de travailler directement à son héritage. Reste à le pousser dans l'escalier (voir si dessus).
Nous sommes rincés, prenons chacun une douche et ne bougeons plus.
Ça veut dire pas d'update ici pendant une dizaine de jours... Je vais essayer de me rattraper ce soir (sans pour autant me faire un marathon tout seul). Tant que la connection fonctionne (si Wanadoo ne coupe pas) et que le courant continue, je ne serai pas loin.
lundi 11 août 2003
samedi 9 août 2003

Via NouS : la Flash Mob, ou foule éclair (et pas "scooter qui va très vite"). Je vous laisse lire en quoi ça consiste.
J'aime beaucoup le principe, ça met de l'imprévu dans la vie des gens, et de l'imprévu moins pénible qu'un piéton renversé (par exemple)
Naomi Klein, dans No Logo, évoquait déjà ces rassemblements soudains, mais dans un objectif politique : le but est, par exemple, de réunir une foule impromptue pour la descente d'avion d'un dictateur, la conférence de presse d'un patron véreux, etc. Là aussi, un réseau super rapide est en marche, essentiellement SMS.
Qui veut participer ?
jeudi 7 août 2003

On passe du temps sur Amazon à rêver à des choses dont on a pas forcément les moyens, flanant au gré des rayons comme dans une FNAC pour feignant climatisé, et on tombe sur des perles, comme le livre ci-contre, dont je pensais naïvement au début du titre affiché qu'il avait un rapport avec Buffy...
Deuxième perle : Pieces of Intelligence: The Existential Poetry of Donald H. Rumsfeld.
dodo
mercredi 6 août 2003
J'ai encore beaucoup de travail sur le reste des meubles, qui est en vrac un peu partout, certains couchés, voire debouts (pour le canapé), d'autres démontés; je suis sensé gagner de la place avec ça normalement, mais...
J'ai revu Isadora la semaine dernière. Elle n'a pas changé, ses cheveux sont peut-être un peu plus courts mais le corps est le même, le visage est le même, les yeux sont toujours les mêmes, le maquillage est toujours en trop.
Je m'étais porté volontaire pour héberger un envoyé du parti socialiste yougoslave pendant quelques jours l'été dernier. Elle m'avait alors appelé - je faisais des travaux dans mon nouveau chez moi, mais j'habitais encore l'ancien - et je lui avais fait l'affront de lui parler anglais parce que j'ai mis les problèmes de communications sur le compte de sa connaissance de la langue française alors que c'était nos portables (elle avait déjà remporté deux prix de littérature francophone pour ses nouvelles).
Elle a débarqué un soir chez moi avec ses valises trop lourdes et les caisses de livres offerts par le jury. Elle devait rester quatre jours et aller squatter un autre camarade du MJS pour ne pas abuser de nos hospitalités respectives : elle est restée les dix jours à la maison, dans mon studio lambrissé de République; moi qui devait voir Polyandre une semaine plus tard, elle m'a tourné la tête. Nous avons parcouru Paris, pris des photos, discuté littérature, sommes allés à la plage, à la piscine, au cinéma, au Louvres. Cette cohabitation forcée a créé une complicité d'autant plus forte qu'on la savait éphémère, et qu'elle devait retrouver son homme à Belgrade...
Un matin, fin juillet, nous sommes partis avec nos sacs, elle vers la Serbie, moi vers l'Espagne, nous promettant de nous revoir, de nous écrire.
Et puis nos vies effreinées (en tout cas à l'époque) ont pris le dessus, nous avons échangé deux mails, je l'ai appelée une fois du bureau, et nous avons tous les deux gardé l'idée que je devais à tout prix visiter la Yougoslavie - quitte à mettre nos partis à contribution. Le projet est toujours en suspens, nous ne savions pas quoi mettre dedans.
Et puis l'été revient, et elle m'appelle, nous prenons rendez-vous pour un verre à Montmartre. Elle se perd, comme d'habitude, arrive en retard. Les retrouvailles sont maladroites, nous savons que nous sommes heureux de nous revoir mais pas comment nous prendre. Une fois hydratés à une terrasse, nous nous racontons l'année écoulée, les ruptures, les déménagements, les déceptions, les jobs, les asssassinats. Une fois qu'elle connais l'existence de C elle m'apprend celle de F, qu'elle connait depuis quelques jours, par l'entremise peu subtile de sa mère. L'atmosphère de décrispe alors, la pression est partie.
F nous rejoint et nous allons dans un restaurant japonais rue Montmartre (oui, c'est loin, mais il a fallu marcher pour ne pas trouver de pharmacie de garde un samedi à 21 heures, pour soigner la piqure de guèpe d'Isadora).
C'est effarant de résumer une année en quelques minutes, et de constater le chemin parcouru, en bien ou en mal...
dimanche 3 août 2003
Hier dans la nuit, je rodais dans la rue en quête des dernières pièces, lorsque je fut abordé par un grand noir avec un foulard sur la tête qui m'a demandé gentiment si j'avais pas deux euros pour lui.
"Non, je n'ai rien.
- Une clope ?
- Je ne fume pas."
Silence. Glups.
"Tu mens."
Il me fouille.
"T'as pas menti. T'habite où ?"
Il me suis jusque devant chez moi. Je dois parlementer pour qu'il ne me suive pas, d'abord dans le couloir, puis dans la cour, puis dans mon escalier. Je m'en tire avec un verre d'eau et une bouteille de bière.
Il repart en boîtant.
Je ne dors pas tout de suite.
"Bon, et puis après, je pense que c'est mieux si on ne se voit plus."
J'acquiesce.
"Si tu pouvais me donner un coup de main sur mon nouveau blog, je comprends rien à Nucleus." Elle me répète que je ne suis pas un type bien; m'apprend que tout son entourage me trouvait méprisable avant même d'apprendre mes turpitudes (même ceux que je n'ai jamais rencontré, c'est très fort). Je devais lui rendre ses clés, je les oublie chez moi. Elle me rend la mienne. Je lui dois de l'argent, mais elle a oublie de regarder combien. Nous sommes quittes pour nous revoir encore au moins une fois...


