J'ai l'impression d'être un général, à l'issue d'une bataille encore incertaine; je suis exténué, et à l'instar du live de Venus, je suis déjà mort. Je me suis réveillé assez rapidement, grâce à ma chatte, toujours en chaleur. J'en profite pour réfléchir à nous, à moi.
Hier matin au téléphone, la fille aux gants semble rassérénée par mon second post; il semble que ce ne fût que l'effet de la proximité de son amie au moment de la conversation. Nous convenons de manger ensemble près de Saint Lazare avant de l'accompagner à son travail.
J'ai l'impression d'avoir répété cette rencontre, dans ma tête, pendant des heures : dans mes plus beaux atours, je la prends dans mes bras, je l'embrasse, je m'excuse de ma maladresse, lui explique mes questions, mes réponses, mon envie de passer du temps avec elle, de vivre avec elle, ce à quoi je suis prêt à renoncer, les fleurs, les violons, etc.
Dans la réalité, je m'approche d'elle dans un trois pièces noir, la prends dans mes bras. Elle romps l'étreinte au bout de quelques secondes, me repousse alors que je cherche ses lèvres. "Je ne peux pas." Je détourne le regard, interloqué. Je suis perdu, je ne bouge plus, je ne comprends pas, j'ai déjà peur de la suite. Je veux fuir, mais je sais que si je cours je m'effondre. Peut-être comprend-elle la force de son geste, ou peut-être pas, elle veut me reprendre dans ses bras, c'est moi qui la repousse. "Tu ne peux pas ?"
Nous discutons en marchant vers un restaurant vers Opéra. Ou plutôt mes silences ponctuent ses diatribes, elle m'explique que je ne suis pas la raison pour laquelle elle est partie ce matin, elle me raconte son travail, son trajet, sa fatigue, son envie d'un appartement, son taxi. Elle me dit ne pas me comprendre, me dit que c'est moi qui ai cherché tout ça, pas seulement aujourd'hui, mais que je me suis plus engagé qu'elle, elle veut me rappeler l'incertitude de notre relation, le tout sur un ton sec, péremptoire, où j'entends tout sauf de l'amour.
Dans cette ambiance tout ce que j'avais pensé, préparé, ne me sert pas à grand chose, elle m'aurait jeté mes fleurs à la figure, elle n'aurait pas écouté une déclaration.
Au restaurant, elle s'adoucit un peu. Je lui explique mon cheminement de pensée, qu'elle a du mal à saisir - et comment lui en vouloir, je m'y suis perdu moi même - je lui explique que j'ai posté les questions sans avoir encore les réponses, que j'ai choisi de me poser ces questions maintenant plutôt que trop tard, parce que résoudre ces questions serait décisif pour savoir comment j'aborde cette relation, parce que j'ai envie de vivre avec elle et que ça ne sert à rien d'en avoir envie si c'est pour la quitter pour un homme dans trois mois.
Mes larmes tombent sans retenue sur le set de table en papier alors que je lui avoue tout ça, mon envie d'elle, les hommes contre un mot doux, mon royaume pour un sourire.
Elle ne peut toujours pas répondre, me dit qu'elle a assez prouvé par son attitude son envie de continuer avec moi, en tout cas jusqu'à maintenant. Elle me renouvelle sa confiance, accepte le cadeau que je lui offre avec mille précautions : "J'étais venu pour te rassurer, et dans cette optique c'est un symbole d'engagement; mais vue la tournure des événements tu pourrais juste voir ça comme une pression supplémentaire et ce n'est pas mon but. Alors ne vois ça que comme un souvenir, un objet que j'aime bien, acquis à un endroit que j'aime bien, et que je serais heureux que tu portes." Elle la glisse, difficilement, à l'annulaire gauche, et me montre sa main droite : "Tu sais ce que cette bague représente." J'opine, je crois que c'est l'alliance de son père. "C'est toi qui a la pression maintenant."
Elle me sourit, je ne demande pas plus.
Nous allons en bus jusqu'à son travail. Nous nous tenons la main, nous sommes proches, enfin, la conversation s'allège un peu.
Hier soir, nous passons un long moment ensemble au téléphone, nous échangeons des blogs, des histoires. Je m'endors doucement, alors qu'elle est au travail et qu'elle s'y ennuie. Nous raccrochons, continuons de discuter par Messenger, c'est la première fois. Nous faisons tout à l'envers, vraiment.
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