mardi 10 novembre 2009

21:34 : Simple Pleasure

Au hasard d'un lien, on tombe sur une liste de vieux blogs, autant de vieux posts, parfois lus avec émotion il y a longtemps, d'autres jamais vus. Une réflexion sur la masse de choses écrites en permanence, combien de lecteurs pour combien de blogueurs ? Comment avoir le temps de lire tout ça ? Cela fait bien longtemps que j'ai arrêté de lire des blogs avec régularité, officiellement pas le temps, et aussi ne pas se rappeler qu'un blogueur un jour ça a été moi; et que j'ai arrêté, parfois sous la pression de mes partenaires, parfois aussi par culpabilité, pour ne pas parler de choses dont j'ai honte. Je me suis censuré, beaucoup, parce que j'ai trompé, beaucoup; et lire les autres, ça me rappelle cette mauvaise conscience, à chaque détour d'une phrase bien tournée que j'aurais préféré écrire que lire.

La musique : Simple Pleasure des Tindersticks.

Kill Me Again, dans les Archives d'internet, en décembre 2003 (original ici). Ce texte a été écrit il y a trois ou quatre vies, par un blogueur que je ne crois pas avoir jamais rencontré. Un fan de Radiohead, si j'en crois le pseudonyme, que j'ai lu de loin, sans rien dire, parce qu'à l'époque comme maintenant, le talent des autres m'intimide.

Cet album, je l'ai découvert un peu plus tard, peut-être sur la foi de ce post, qui sait... Mais je n'ai pas accroché à la voix de Stuart Staples tout de suite, c'est un goût acquis. J'ai pris cet album, de plein fouet, lorsque la femme que j'aimais cherchait une porte de sortie. Moi aussi, je voulais promettre de ne plus jamais la faire pleurer, ne plus jamais lu mentir, ne jamais lui dire au revoir.

dimanche, décembre 07, 2003

Il a posé son front sur la vitre glacée de la fenêtre. C'est une belle journée même s'il fait froid, et puis ce vent glacial qui s'insinue dans les interstices de la fenêtre. Il reste là, la tête appuyée contre ce carreau. Il regarde dehors. Il ne voit rien. D'ailleurs il n'y a rien à voir. A part le jour qui décline derrière les arbres, un peu plus loin, et le ciel qui se teinte d'orangé. Derrière lui, Tindersticks déroule son tapis langoureux. Il ne sait pas pourquoi il s'est mis à regarder par la fenêtre. Il sait qu'il n'y verra rien. "If you're looking for a way out". Ca doit être ça. Il doit penser à un ailleurs, il ne sait même pas lequel, il n'arrive pas à se l'imaginer. Il ne se sent pas mal, pas triste. Juste étrange. C'est un dimanche après-midi où il ne se passe rien et ça lui convient. Peut être parce qu'il était si bien hier soir, léger. Peut être est-ce cela qu'il trouve étrange.
Il écoute la voix de Stuart Staples, le front toujours collé à cette vitre glacée. "Pretty words, Likes ones you've never heard". Il trouve que ses mots s'étiolent. Qu'ils ne sont pas à la hauteur de ce qu'il voudrait exprimer. Surtout quand il parle à des filles qui lui plaisent. Il y a quelque chose qui se bloque en lui. Il voudrait être lyrique parfois. Il craint d'être ridicule. Alors ses mots n'ont pas la force qu'il souhaiterait leur donner. Peut être que la fille en face s'en rend compte. Que le trouble dans ses gestes, son regard en disent finalement plus. Il a un frisson. Le froid sûrement. Les mots à la fin de la chanson aussi. "Waiting for those hands to come". Oui, il n'y a pas que le froid. Des mains il en attend. Il ne sait pas lesquelles. Mais des mains. Qui se poseraient sur lui. Des mains qui passeraient dans ses cheveux, sur sa nuque. Qui glisseraient sur ses épaules, sur sa poitrine. Des mains chaudes, douces. Des mains qu'il caresserait, qu'il embrasserait doucement. La musique derrière se fait plus lointaine. Il sent dans son dos la chaleur de l'orgue Hammond insitant qui irradie cet album, le doux frottement des cordes, le reste s'est éloigné. Il essaye de retrouver dans sa mémoire, le souvenir de mains sur sa nuque, de doigts qui attiraient son visage vers le sien, vers ses lèvres. Il ne sait même plus lesquelles. Peut être toutes à la fois. Celles qu'il a connues, celles qu'il a imaginées. Il reste là, à regarder la nuit envahir le ciel. Les pensées perdues dans l'évocation de ces mains qui lui manquent tant. La musique lui revient à l'esprit avec la litanie finale de l'album. "I won’t make you cry, Tell you lies, Never say goodbye". Des promesses intenables. Il se dit que ses illusions se sont transformées en craintes. Une lucidité qui lui fait peur. Mais qui ne l'empêche pas de rêver. C'est peut être ça son problème. Ou son romantisme. Ca le fait sourire. Un sourire un peu acide mais un sourire tout de même.
Il sent le froid qui gagne ses épaules, se rend compte que le disque est terminé. Il va remettre Pretty words. Il va repenser à des mains. A des mains douces et chaudes. Alors il retire son front de la vitre glacée par l'air froid extérieur. Il est resté trop longtemps ainsi. Son corps frissonne. C'est un dimanche après-midi où il ne se passe rien. Et maintenant il fait nuit.

"Pretty words
Likes ones you've never heard
Oh those pretty words
What can they say?"

Tindersticks : Pretty words (Album Simple Pleasure)

Kill Me Sarah | 18:14 |

Kill Me Sarah écrit toujours, ici.

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