Une fenêtre, un balcon
Une fenêtre, un balcon. Un carrefour anodin, où je suis passé des dizaines, peut-être des centaines de fois. Des photos sous tous les angles, des passages dans toutes les directions. Ce soir, avec quelques amies, je vais d'un bar où nous avons nos habitudes à un autre, non loin.

Je tourne la tête, machinalement, comme j'ai toujours fait, et je ferai toujours en passant là, pour regarder cette fenêtre, ce balcon. Dans la nuit d'hiver où je frissonne, les vitres brillent comme deux yeux carrés de robot géant. Miroirs de l'âme d'un immeuble où j'ai vécu pendant 6 mois avec la femme que j'aime, je n'y vois que les plafonds blancs, les familières moulures vertes. Une furtive tête brune passe dans le champ.

Je m'arrête pour prendre une photo, comme à chaque fois que je le peux, à chaque fois qu'un paysage me touche. Ici le décor ne fait pas que me toucher, il me frappe, il me rappelle pourquoi j'ai vécu là, pourquoi je suis venu à Grenoble. Je serre les dents.
Je rentre au Café Noir derrière elles, à la recherche des amies qui auraient du nous attendre ici. Le coeur au bord des lèvres, je les suis. Elles savent, en me voyant, que ça ne va pas, comme je sais souvent, au visage d'Amy, qu'elle a à l'esprit quelque chose dont elle n'ose pas parler. Avant même mes larmes, me consoler devient sa priorité. Elle me prend la main, m'attire dehors alors que sa sollicitude achève de m'achever. Mes sanglots m'empèchent une minute d'en révéler les raisons.
"Pendant une semaine, j'ai été attentif à ce qu'elle n'ait pas le temps de me manquer. Et là..."
Parler fait lacher les vannes, quasiment fermes depuis la rupture; impossible de finir la phrase, mais elle sait de quoi je parle : travailler encore plus et plus longtemps, l'association, les amis, voire les amis d'amis, le chat, les forums, l'emploi du temps que je me suis créé ne me laisse pas une seconde de répit, ni pour penser, ni pour dormir.
"Si je peux faire quelque chose..."
Me serrer dans ses bras ferait l'affaire, si je voulais pleurer sur le trottoir.
"Tu crois que tu peux me ramener ?
- Bien sûr."
Nous pressons le pas, elle me prend le bras.
"J'ai envie de l'appeler, et je ne sais pas quoi lui dire.
- Dis-lui que tu penses à Elle.
- Ça t'a fait quoi lorsqu'elle te l'a dit ?"
L'évocation de son exe la désarçonne à peine. J'entends son sourire.
"J'ai eu envie de la revoir. C'était il y a longtemps maintenant."
Dans la voiture, notre conversation ne souffre pas des longs blancs que je lui impose. Dès qu'elle le peut elle vérifie que je ne pleure pas, ou plus.
"Lorsqu'elle m'a dit qu'elle pensait à moi, j'avais mis en doute son amour. Alors elle voulait peut-être...
- Prouver quelque chose ?
Il faut que j'arrête d'interrompre les gens quand j'ai l'impression de savoir ce qu'ils vont dire.
- Non, juste montrer qu'elle ne m'oubliait pas comme ça."
Peut-être que ce n'est que cela. Comment savoir ? Comment lui parler ? Dire quoi ?
"Désolé d'avoir écourté la soirée.
- Non, tout le mondé était fatigué... Ne sois surtout pas désolé pour ça.
- Merci pour ce soir."
C'est un point d'honneur tacite, que de nous remercier mutuellement lorsque nous sommes là l'un pour l'autre. Les mêmes problèmes sans solutions, parfois simultanés, parfois à quelques semaines d'intervalle, nous ont rendu complices.
"Appelle-moi si ça ne va pas.
- D'accord. Mais je ne t'embêterai pas ce soir. Ce soir, je vais écrire."

Je tourne la tête, machinalement, comme j'ai toujours fait, et je ferai toujours en passant là, pour regarder cette fenêtre, ce balcon. Dans la nuit d'hiver où je frissonne, les vitres brillent comme deux yeux carrés de robot géant. Miroirs de l'âme d'un immeuble où j'ai vécu pendant 6 mois avec la femme que j'aime, je n'y vois que les plafonds blancs, les familières moulures vertes. Une furtive tête brune passe dans le champ.

Je m'arrête pour prendre une photo, comme à chaque fois que je le peux, à chaque fois qu'un paysage me touche. Ici le décor ne fait pas que me toucher, il me frappe, il me rappelle pourquoi j'ai vécu là, pourquoi je suis venu à Grenoble. Je serre les dents.
Je rentre au Café Noir derrière elles, à la recherche des amies qui auraient du nous attendre ici. Le coeur au bord des lèvres, je les suis. Elles savent, en me voyant, que ça ne va pas, comme je sais souvent, au visage d'Amy, qu'elle a à l'esprit quelque chose dont elle n'ose pas parler. Avant même mes larmes, me consoler devient sa priorité. Elle me prend la main, m'attire dehors alors que sa sollicitude achève de m'achever. Mes sanglots m'empèchent une minute d'en révéler les raisons.
"Pendant une semaine, j'ai été attentif à ce qu'elle n'ait pas le temps de me manquer. Et là..."
Parler fait lacher les vannes, quasiment fermes depuis la rupture; impossible de finir la phrase, mais elle sait de quoi je parle : travailler encore plus et plus longtemps, l'association, les amis, voire les amis d'amis, le chat, les forums, l'emploi du temps que je me suis créé ne me laisse pas une seconde de répit, ni pour penser, ni pour dormir.
"Si je peux faire quelque chose..."
Me serrer dans ses bras ferait l'affaire, si je voulais pleurer sur le trottoir.
"Tu crois que tu peux me ramener ?
- Bien sûr."
Nous pressons le pas, elle me prend le bras.
"J'ai envie de l'appeler, et je ne sais pas quoi lui dire.
- Dis-lui que tu penses à Elle.
- Ça t'a fait quoi lorsqu'elle te l'a dit ?"
L'évocation de son exe la désarçonne à peine. J'entends son sourire.
"J'ai eu envie de la revoir. C'était il y a longtemps maintenant."
Dans la voiture, notre conversation ne souffre pas des longs blancs que je lui impose. Dès qu'elle le peut elle vérifie que je ne pleure pas, ou plus.
"Lorsqu'elle m'a dit qu'elle pensait à moi, j'avais mis en doute son amour. Alors elle voulait peut-être...
- Prouver quelque chose ?
Il faut que j'arrête d'interrompre les gens quand j'ai l'impression de savoir ce qu'ils vont dire.
- Non, juste montrer qu'elle ne m'oubliait pas comme ça."
Peut-être que ce n'est que cela. Comment savoir ? Comment lui parler ? Dire quoi ?
"Désolé d'avoir écourté la soirée.
- Non, tout le mondé était fatigué... Ne sois surtout pas désolé pour ça.
- Merci pour ce soir."
C'est un point d'honneur tacite, que de nous remercier mutuellement lorsque nous sommes là l'un pour l'autre. Les mêmes problèmes sans solutions, parfois simultanés, parfois à quelques semaines d'intervalle, nous ont rendu complices.
"Appelle-moi si ça ne va pas.
- D'accord. Mais je ne t'embêterai pas ce soir. Ce soir, je vais écrire."
Libellés : photos

4 commentaires :
Prends soin de toi, Aurelien.
Sympathies nocturnes.
paix et joie à toi, cher ami ...
que la peine s efface doucement, et que tu puisse toujours trouvé des épaules confortables ou oreilles attentives en ces moments d interrogation... tu sais que j'en suis.
Paix dans ton coeur mon ptit gars : la guerre quotidienne ( contre le temps, l ennui le regret ou l envie ou ... ) ne vaincra pas.
...
J'ai pas de conseil, pas de mot ou de phrase pour te consoler, te soutenir, pourtant je voudrais...
Je n'ai pas mieux qu'une accolade amicale mais numérique...
Pas besoin de mots, je pense que tu sais
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