lundi 15 mars 2004

La semaine dernière, je disposais de deux jours de repos d'affilée, j'ai proposé à C de se renseigner pour voir s'il était rentable de venir la voir à Paris dans l'intervalle (pour les nouveaux ici, j'habite désormais en Irlande). L'aller-retour, pris au dernier moment chez Aer Lingus se montant à 379 €, je décidai de demander un troisième jour pour ne pas vraiment avoir l'impression de jeter mon argent par le hublot. Une fois l'idée évoquée, c'est vrai qu'il est difficile de reculer, que ce soit pour C ou pour moi... Je cédai donc de gaieté de coeur.
Sachant que ma carte bancaire et celle de C ne seraient pas assez approvisionnées pour payer une telle somme - mon découvert en France prend des proportions abyssales, pendant que je n'ai pas encore droit à une carte en Irlande - je me suis tourné vers ma mère, qui rechigne un peu pour les mêmes raisons que moi, mais me donne son numéro de carte quand même. Celle-ci est refusée parce que c'est une carte nationale, tandis que celle de ma petite soeur n'est pas approvisionnée non plus. J'en suis réduit à payer au comptoir en liquide, juste avant le vol, le montant qui met mon compte irlandais à zéro.

Cette escale à Paris m'a permis de voir ma mère et ma soeur, les chatons de ma chatte (adorables), les gens d'HES, et aussi de confier mon appartement à une agence immobilière (aucune de mes connaissances n'a les moyens de mettre 600 € dans un loft, fut-il beau comme le mien), mais pas de dormir dedans, parce qu'il n'est plus chauffé depuis mon départ et que aurions risqué une pneumonie juste pour se rappeler le bon vieux temps de ma vie parisienne...
D'ailleurs c'est officiel, je me sens bien à Cork, très bien, les trottoirs sont propres, les gens courtois, il faut froid mais il ne pleut quasiment jamais. Peut-être est-ce l'attrait de la nouveauté, Paris ne m'attire plus, me semble trop haute, les gens crachent par terre et parlent trop fort.

À peine arrivé, voici déjà le temps du retour. Je me charge comme un baudet, accumule sacs sur valises, ma mère accepte avec joie de nous accompagner à l'aéroport. Au comptoir d'enregistrement de mes lourds bagages, le personnel est catégorique, je ne peux pas partir. Mon passeport est périmé depuis deux ans, ma carte d'identité depuis deux jours. En voilà une que je n'avais pas vu venir. Vous saviez, vous, que les formalités sont différentes pour aller en Irlande et en Espagne ? Il y a un an, la douane turque a accepté sans ciller mon vieux passeport, et nous ne parlons pas exactement d'un paradis libertaire...
Bref, refoulé à la frontière de mon pays d'adoption, le désespoir m'accable à la pensée de la commission disciplinaire qui ne manque pas de frapper les retards répétés et les absences intempestives. La douane m'indique que mon départ peut prendre entre 48 heures et 10 jours. Même C, qui jubile en partie, compatit en voyant ma tête. Sur le conseil du personnel local, qui a été charmant et qui a décalé mon vol a demain en croisant les doigts, j'appelle la préfecture de Bobigny, où une harpie m'explique que même si c'est la préfecture la plus proche elle ne veut pas entendre parler de ma requête, je suis bon pour aller faire la queue sur l'île de la Cité. Elle infirme toute idée d'un retour en 48 heures, et souligne mon imprévoyance alors que je lui raccroche au nez. Pas le temps de me laisser maltraiter sur mon forfait. Si elle veut m'insulter qu'elle me rappelle.

J'appelle alors la Préfecture de Paris, où un agent m'expose la procédure d'urgence pour obtenir un nouveau passeport, confirme que cela peut être très rapide si j'ai toutes les pièces, et si j'y vais avant la fermeture, soit 16h30. Mon avion vient de décoller de Roissy, il 15h35. Nous engageons une course contre la montre et contre mes sacs, chargés à la hâte dans la voiture de ma mère, qui bombe jusqu'au métro de la Porte de Clignancourt, où je cherche en vain un tabac qui vendent encore 60 € de timbres fiscaux ou un photomaton. Je prends le métro jusqu'à Cité en espérant trouver sur place, tandis que ma mère dépose C chez moi pour récupérer des preuves de mon domicile à Paris.
J'arrive avec mon butin, trouvé au sortir de la station, dans la préfecture à 16h25. Mon souffle coupé quand je m'affale sur la chaise du bureau de l'état civil arrache un sourire à l'ensemble du personnel, qui se met en quatre, une fois mon histoire entendue, pour accéder à ma requête. C arrive à 35 avec une facture France Télécom, dernière pièce manquante au dossier. Avec anxiété elle demande quel est le délai pour la création du nouveau passeport. L'employée triomphante en sort un de derrière son bureau avec un "Ça répond à votre question ?"
10 minutes en tout, de quoi rendre la foi en l'Administration, en tout cas celle de Paris. Je demande à ma mère, qui est rentrée chez elle avec mes bagages, si je peux dormir chez elle avec C, afin qu'elle nous accompagne demain de nouveau à Roissy. Elle accepte avec joie, toujours ravie d'héberger ses enfants qui la désertent...

Je n'ai manqué qu'une journée de travail et pour l'instant pas de signe d'une procédure, ma responsable a une fois de plus été compréhensive. Je pense qu'il lui arrive encore de lire ces pages, alors qu'elle en soit remerciée.

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