lundi 28 avril 2003

Incertitude

(attention, long post)

Bien, par où commencer... Je me mets dans la position étrange de celui qui doit d'abord lire ce qu'il a écrit par ce qu'il a oublié où il en était quand il a arrêté, ce qu'il voulait dire à ce moment-là, et aussi ce qu'il comptait faire de cet endroit, et où il pensait s'arrêter, etc.
Certes j'avais pris le parti de faire de ce journal intime un journal vraiment intime, c'est à dire pouvoir y parler de tout ce qui me passerai par la tête, mes pulsions, mes envies, mes sentiments, bref, pas un blog au sens premier du terme, plutôt la continuité des cahiers scribouillés planqués dans mon placard, chez mes parents, il y a dix ans. Cette rédaction, cette introspection me manquait, c'est pourquoi je l'ai reprise.
J'ai des amis (sissi, j'vous jure), à qui je parle, un peu, beaucoup, de ce qui m'arrive, en général avec un peu de recul, le temps pour moi de digérer la péripétie avant de pouvoir la raconter. J'ai fait l'erreur de penser que ces gens, à qui je raconte (presque) tout, je pouvais leur donner l'adresse ici parce qu'y déverse la même chose.
En fait loin de là. Non seulement le décalage de la digestion n'existe plus, je peux entendre parler de choses que j'ai écrites quasiment instantanément (encore que les gens à qui j'ai fait confiance ont su se tenir et je leur en sais gré), le problème essentiel est que ces personnes ne sont pas que des observateurs de ma vie dans un bocal, ils en sont aussi acteurs.

riddle

Nous arrivons à ce principe d'incertitude selon lequel on ne peut pas suivre la progression d'une particule, quelle qu'elle soit, sans en perturber la course (cette image du photon unique qu'on envoie sur l'électron pour l'observer ce dernier, et qui rebondit dessus, le faisant sortir de son orbite, me suit depuis le lycée - ok maintenant je sais : je suis bizarre).
Le fait est que, dans mon élan de regardez-tous-mon-nombrilisme, je sens que j'ai donné l'adresse à beaucoup de monde, et que ces regards familiers me glacent, et je suis pétrifié sur scène devant un public que j'aime et qui m'aime, alors que je ne suis vraiment à l'aise que devant une salle inconnue : elle permet tous les dérapages, sans conséquence sur la vraie vie, celle de tous les jours, celle de derrière le rideau, celle où on raconte les chose après et pas pendant.

mais où veut-il en venir ?

J'aime trop raconter ma vie pour arrêter de bloguer, mais je pense à orienter différemment ici, et peut-être en ouvrir un autre, bien plus loin, sous une autre forme , aux limites de l'imagination, comme dirait Mac Orlan. Un autre espace où je pourrai dire tout ce qui me passe par la tête, mes sentiments, mes envies, mes pulsions, et ne pas me soucier de ce que peuvent penser les gens que je connais et qui me lisent. Et peut-être en rejoindre les archives, une fois la poussière retombée.

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